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  • Mythes, Archétypes, et Fantasy dans la Wicca

    Mythes, Archétypes, et Fantasy dans la Wicca

    Texte original © Merlyn Traduction/adaptation Anti© Amorgen Dubhart

    Notes du traducteur : cet article est originellement constitué de quatre parties et s’intitule : « Roots of Wicca. ». L’auteur s’intéresse au fort développement de la Wicca aux USA et essaye de déterminer quelles sont les racines de la Wicca aux States. L’article 1 présente la wicca de Gardner et la Sorcellerie de campagne américaine, l’article 2 l’influence des sociétés occultes telles la Golden Dawn et l’OTO, l’article 3 fait le point sur les apports maçonniques, la théosophie et les philosophies asiatiques, l’article 4 est le suivant.

    Introduction.

    Durant la première moitié du XXᵉ siècle, le psychanalyste Carl Jung, a étudié le monde de notre conscient et de notre inconscient. Jung considérait la recherche d’expériences religieuses significatives comme la force directrice de la psyché humaine. Il a aussi exploré le concept des Dieux et Déesses en tant qu’archétypes. La littérature de SF et de Fantasy ont connu un développement grandissant outre-atlantique. Des romans situés dans des sociétés païennes du passé ou des utopies futuristes, ont conduit un certain nombre de personnes à explorer les traditions néo-païennes et Wiccanes. Par exemple, les travaux de Robert Heinlein, Marion Zimmer Bradley, Starhawk, Katherine Kurtz vont être brièvement présentés. Ces auteurs et bien d’autres nous présentent des histoires ou le paganisme passé ou futuriste est vu avec optimisme et humanisme.

    Psychologie Jungienne – Où quand les Dieux n’existent que dans nos têtes

    Dans son essai Drawing Down the Moon, Margot Adler écrivait qu’une grande partie de la défense moderne du polythéisme venait de psychologues jungiens, qui ont longtemps exposé que les dieux et déesses des mythes, légendes et contes de fées, représentent des archétypes, puissances et potentialités ancrés profondément dans notre psyché. Un certain nombre de néo-païens voient les Dieux en termes jungiens. Par exemple, Adler cite Gwydion Pendderwen, un barde Feri bien connu, qui disait que « Les dieux sont réellement des composants de notre psyché. Nous sommes les Dieux. » Jung a examiné le rôle des archétypes, développé le concept anima/animus (le côté féminin ou masculin non révélé en nous) et croyait que nous devions explorer notre côté obscur pour parvenir à la réalisation ou « individuation ». Il définissait l’individuation comme l’aboutissement provenant de l’acceptation de notre côté obscur. Pour Jung, la psyché est composée du conscient et de l’inconscient. L’inconscient collectif est une part de notre psyché qui est universelle et partagée entre tous les individus. Au début du XXe siècle, quand il étudiait la médecine en Suisse, Jung s’est intéressé à l’occulte. Lors de ses recherches, il a rencontré une médium spirite, Mademoiselle S.W. et lu un certain nombre d’ouvrages occultes. Il a ensuite appliqué une terminologie psychologique au contenu des enseignements de ces occultistes et mystiques. La décennie suivante, il a aussi étudié l’Alchimie, en tentant de comprendre le symbolisme alchimique tracé par une de ses patientes, Kristine Mann.

    En 1917, Jung a écrit Seven Sermons to the Dead, qu’il a attribué à Basildes d’Alexandrie, un écrivain gnostique vivant à Alexandrie au début de l’ère commune. Il y a développé l’importance de l’acquisition de la connaissance (Gnosis) avec son concept d’individuation. Cet ouvrage ainsi que d’autres œuvres mystiques de sa plume à la même époque résument ces idées créatives (Cf. Stuart Holroyd / The Elements of Gnosticism).

    Le panthéon grec comme personnification des archétypes jungiens est le sujet de deux livres populaires, Godesses in Everywoman (1984) et Gods in Everyman (1989) par Jean Shinoda Bolen, une psychiatre Jungienne. Dans A foreword to Goddesses, Gloria Steineim a écrit que « nous imaginons Dieu et nous le/la dotons des qualités dont nous avons besoin pour survivre et évoluer ». D’après Bolen, ces schémas intérieurs puissants, ou archétypes, peuvent expliquer les différences majeures observées dans les comportements féminins. Les déesses expriment les Schémas potentiels des psychés de chaque femme. Différents archétypes sont actifs en chaque femme à une période donnée. La Grande Déesse des temps anciens est un archétype puissant présent dans l’inconscient collectif. Les stéréotypes associés aux femmes sont basés sur des images positives ou négatives d’archétypes de déesses, à travers le prisme de notre culture. Des exemples peuvent inclure Perséphone comme la jeune fille, Héra comme la femme jalouse, Déméter comme la mère et Aphrodite comme la tentatrice.

    Pendant son travail, Bolen a aussi rencontré des hommes identifiant une part d’eux-mêmes avec une déesse spécifique. À l’inverse, il y a aussi des dieux en chaque femme. Les dieux et déesses grecs représentent de nombreuses qualités de la psyché humaine qui peuvent être exprimée par un individu, sans tenir compte du sexe.

    Les dieux grecs personnifient certains des archétypes comme suit : Apollon, l’ambitieux, le rationnel, le modéré. Héphaïstos, l’artisan habile et l’introverti. Hermès, le guide intérieur, la voix et la source de la sagesse « hermétique ». Dionysos, le dieu de l’éternelle jeunesse, de l’extase (de nombreuses rock stars ont parfaitement incarné cet archétype, parfois avec une issue tragique …) Jung peut aider à faire de notre imagination une étude académique respectable et sa vision des dieux comme archétypes, a été adaptée par de nombreux néo-païens.

    Mythes, Légendes et Fantasy dans les fictions païennes.

    Les mythes (anciens et modernes) sont des histoires héroïques considérées par la plupart des gens comme n’ayant jamais existé. Ce qui ne veut pas dire que les mythes sont « faux », mais seulement que pour les comprendre, nous devons séparer leur vérité métaphysique de la réalité, comme le disait Margot Adler. Mythes et contes de Fées décrivent des archétypes de la culture populaire. Les légendes sont des histoires qui ont des bases historiques ou qui pourraient avoir été vraies. Le temps passant, ces histoires ont été embellies. Les nombreuses légendes arthuriennes sont un bon exemple de la manière dont un peu de fond historique et beaucoup d’imagination sont combinés pour produire des légendes vivaces. Selon Margot Adler, la Science Fiction et la Fantasy sont plus proches de nous que d’autres types de littérature, en explorant systématiquement l’acceptation de comportements divers, car leurs mondes sont moins liés par des tabous politiques, sexuels, et raciaux. « Quand quelque chose peut être vrai à un moment donné, quelque part, il ne peut pas y avoir d’hérésie ». Robert Scholes a écrit ceci dans un essai sur la SF, cité par Adler.

    Robert Heinlein inspire une religion néo-païenne.

    La « Church of all worlds » (CAW) est un groupement néo-païen qui a une histoire unique, car ses origines sont basées sur les idées d’un livre de SF de R.Heinlein, Stranger in a Strange Land, et deux romans : Atlas Shrugged et The Fountainhead par Ayn Rand un auteur pro-capitaliste et anti-environnement populaire au début des années 60. L’origine de la CAW remonte à 1961, quand un groupe de lycéens dont Lance Christie ont commencé à discuter des livres d’Ayn Rand. Quand Christie vint au Missouri au Westminster Collège, il monta un groupe informel pour explorer les concepts d’Abraham Maslow. Plus tard, le groupe, incluent un nouveau compagnon nommé Tim Zell, découvrit le livre de Heinlein, Stranger in a Strange Land. C’est l’histoire de Valentine Michael Smith, né sur Mars de parents terriens et élevé par des martiens. Smith revint sur Terre et se sentit comme un alien sur sa propre planète. Il fonda donc la Church of All Worlds, organisée en sous-groupes nommés « nids » enseignant l’accomplissement de toutes choses et êtres. Dieu est présent en toutes choses, enseigne Smith et les membres de la CAW se saluent par « Thou art God », une salutation bien païenne en effet.

    En 1967, Zell fonda sa propre version de la CAW, qui s’est progressivement transformée en une religion néo-païenne comme elle abandonnait les idées d’Ayn Rand, qui haïssait passionnément toute forme de révérence pour la nature et l’expression religieuse. À la fin des années 60, la CAW était le premier groupe écologiste à appliquer le mot païen pour lui même, et à aider à définir le païen moderne comme un amoureux défenseur de la Nature. Plus tard, Tim (appelé ensuite Otter) Zell a commencé à écrire à propos de la Terre comme une déité, un organisme vivant appelé Gaïa. L’idée devint le mythe central de la CAW. Officiellement la CAW n’a pas de credo, mais une version de l’hypothèse Gaïa est acceptée par la plupart de ses membres.

    Starhawk : The fifth Sacred Thing

    Dans ce roman, Starhawk, auteur païenne connue pour ses nombreux ouvrages sur la Wicca (dont le célèbre The Spiral Dance) décrit à la fois les avantages, voire les « délices » d’une future société païenne non-violente et les périls que celle-ci devrait affronter en essayant de survivre dans un monde peuplé de gouvernements hostiles, projections futuristes du danger mondialiste.

    Marion Zimmer Bradley : The Mists of Avalon.

    Marion Zimmer Bradley (photo) réécrit la légende d’Arthur du point de vue de Morgane. Geoffrey Ashe, un historien arthurien renommé, a noté que MZB a créé une nouvelle mythologie à propos du roi Arthur. Je connais deux femmes, ayant dit que la lecture de l’ouvrage de MZB les a amenées à la Wicca. Indubitablement, de nombreuses personnes furent amenées à se renseigner ou chercher des informations sur une religion orientée vers la Déesse, après la lecture des Brumes d’Avalon.

    Autres exemples :

    The Clan of the Cave Bear * par Jean Auel : ambiance préhistorique et religion matriarcale.
    In the heart of the Fire de Cerridwen Fallingstar : Aventures païennes au temps des bûchers…
    The Moon Under Her Feet de Clystra Kinstler présente l’histoire de Jésus du point de vue de Marie-Madeleine. Dans cette version, Marie-Madeleine n’est pas une prostituée, mais une Grande Prêtresse.
    Lammas Night de Katherine Kurtz : ou l’histoire du grand coven réuni pour lutter magiquement contre l’invasion des Îles Britanniques par les allemands durant la Seconde Guerre mondiale. Dans cet ouvrage, Kurtz explore deux légendes wiccanes modernes, la réunion d’un grand coven en 1940 et les relations entre la Royauté et la Sorcellerie (Les rois d’Angleterre seraient des initiés).

    Ajout du traducteur : Cat Magic de Whitley Strieber. Où une communauté païenne (wiccane) lutte pour survivre contre les attaques d’une secte fondamentaliste protestante. Ce que j’ai particulièrement apprécié dans cet ouvrage c’est la vision de la Wicca qui n’est aucunement idéalisée, et qui contient sa part d’obscurité.

    Conclusion du traducteur : Certaines organisations païennes publiques sont assaillies de demandes de renseignements d’adolescents concernant la sorcellerie depuis la vogue des Harry Potter, Sabrina, Charmed, Buffy etc. Si ces fictions littéraires ou télévisuelles véhiculent souvent une image positive de certains aspects du néo-paganisme, ils n’en présentent hélas qu’une version marketing, édulcorée et superficielle. Ce genre de publicité dans le but avoué de faire de l’argent, ne peut que desservir à long terme la communauté païenne, mais cependant, je préfère acheter à ma fille la baguette de Harry Potter que le flingue de Terminator ou la énième Barbie-Pétasse…

    Concernant les archétypes de Jung, c’est tout à fait satisfaisant pour des païens/wiccans qui tentent d’expliquer leur voie dans une soirée mondaine. Comme le dit l’auteur, c’est tout à fait académique, et donc politiquement correct… Je crois sincèrement que l’apport des théories de Jung a beaucoup contribué au développement de la wicca. Très peu de néo-païens sont polytheistes stricto-sensu, mis à part peut-être les asatruars.

    * Note d’Asa :The Clan of the Cave Bear, en français le Clan de l’Ours des Cavernes, fait partie de la saga Les Enfants de la Terre.

  • Wicca : incohérences, contre-vérités historiques, affabulations

    Wicca : incohérences, contre-vérités historiques, affabulations

    Pour être tout à fait objectif en ce qui concerne la Wicca, y compris la tradition gardnérienne, il est intéressant de noter que la plupart des erreurs historiques sont colportées par les wiccans eux-mêmes, initiés ou non.

    À l’époque de la création de la Wicca, on peut penser que Gardner était sincère dans sa synthèse des travaux de Murray, Leland ou Graves. On sait maintenant que les théories de la survivance d’un culte païen organisé ne sont pas validées par l’histoire. Le fameux coven de New Forest où Gardner a été initié, ne pratiquait probablement pas la Wicca au sens donné ensuite par Gardner, puisqu’il a éprouvé le besoin de remplacer le matériel manquant par ses propres créations, celles de Crowley, puis Doreen Valiente. Ce fameux coven devait pratiquer une sorcellerie « rurale ».

    Ce qui est plus gênant, c’est que ce mythe de l’antiquité de la Wicca, a ensuite été soigneusement entretenu par des auteurs wiccans renommés. Pour quelle raison ? Je suppose qu’ils savaient pertinemment que cette pseudo-filiation historique aiderait à vendre leurs livres. Ils n’ont fait qu’écrire ce que les gens souhaitaient lire. Je pense notamment aux ouvrages de Raymond Buckland, qui non content d’avoir inventé une pseudo-tradition historique (seax wicca) a aussi une fâcheuse tendance à s’autociter en permanence, et à colporter le mythe du temps des bûchers. Il n’est pas le seul, mais historiquement un des premiers à s’être étendu sur le sujet. Il a aussi inventé la « pecti-wicca » et s’est affublé d’une filiation gitane afin de légitimer ses livres ultérieurs.

    Dans un autre style, Raven Grimassi fait la même chose à propos de la Strega, tradition « historique » sorcière italienne. L’Europe est loin des USA et il est commode pour certains auteurs de s’attacher une filiation européenne sorcière pour asseoir la crédibilité de leurs ouvrages. Scott Cunningham s’est approprié le panthéon hawaïen dans sa « do it yourself » wicca, et bien d’autres auteurs mélangent allègrement mythes et réalité en faisant sciemment passer le tout pour de l’histoire.

    Il est indéniable que des pratiques sorcières soient présentes dans toute l’Europe, il est aussi indéniable que l’on trouve des survivances païennes dans bien des éléments folkloriques. Mais un culte organisé et matriarcal, cela n’a jamais été prouvé historiquement pour l’instant. Les travaux de Marija Ginbutas, pour intéressants qu’ils soient, non jamais pu non plus asseoir définitivement la thèse d’une civilisation matriarcale précédant les invasions indo-européennes. La théorie est séduisante, mais en l’état actuel des choses, elle reste une théorie.

    Toute tradition a besoin d’un passé légendaire et de mythes fondateurs, le problème survient lorsqu’en dépit de l’histoire on veut faire passer la légende pour la vérité historique. Nos ancêtres adoraient la nature parce qu’ils en avaient une trouille bleue, et qu’il fallait se concilier ses faveurs, pas pour des préoccupations écologiques qu’ils auraient été bien en peine d’éprouver. N’allons pas jusqu’à plaquer nos croyances sur ce que pouvaient penser ou éprouver nos ancêtres.

    La crédibilité de la voie wiccane n’est donc pas uniquement mise à mal par les mièvreries des « fluffy bunnies » mais aussi par certains « ténors médiatiques » pour leurs propres intérêts et leur chiffre d’affaires chez l’éditeur. Il convient à chacun d’empoigner le balai de la sorcière pour balayer devant sa propre porte… Cela étant dit, cela n’entache en rien la validité initiatique de la Wicca, qui ne prétend pas répondre à toutes les énigmes de l’univers, mais plutôt dans la connaissance de soi mieux appréhender sa place dans celui-ci.

    Amorgen Dubhart